🌸 Doux
Le Portrait
Un peintre et son modèle. Qui observe vraiment qui ?
Elle me demanda de rester immobile pendant deux heures.
Je lui demandai comment elle s'appelait.
Elle dit : cela n'a pas d'importance pour le portrait.
Je dis : cela en a pour moi.
Elle s'arrêta de peindre. Me regarda par-dessus son chevalet avec ces yeux gris qui ne cillaient jamais.
— Diane, dit-elle.
— Comme la déesse chasseresse.
— Comme ma grand-mère, rectifia-t-elle. Mais l'association n'est pas déplaisante.
Elle reprit son pinceau. Je repris ma pose.
Mais quelque chose avait changé dans la pièce — une légèreté nouvelle, presque une complicité, qui rendit les deux heures suivantes très différentes de ce que j'avais imaginé.
Peindre quelqu'un, compris-je ce jour-là, c'est une façon d'apprendre à le lire. Et se laisser peindre, c'est accepter d'être lu.
Je lui demandai comment elle s'appelait.
Elle dit : cela n'a pas d'importance pour le portrait.
Je dis : cela en a pour moi.
Elle s'arrêta de peindre. Me regarda par-dessus son chevalet avec ces yeux gris qui ne cillaient jamais.
— Diane, dit-elle.
— Comme la déesse chasseresse.
— Comme ma grand-mère, rectifia-t-elle. Mais l'association n'est pas déplaisante.
Elle reprit son pinceau. Je repris ma pose.
Mais quelque chose avait changé dans la pièce — une légèreté nouvelle, presque une complicité, qui rendit les deux heures suivantes très différentes de ce que j'avais imaginé.
Peindre quelqu'un, compris-je ce jour-là, c'est une façon d'apprendre à le lire. Et se laisser peindre, c'est accepter d'être lu.
Le modèle avait un visage difficile à saisir — pas parce qu'il manquait de traits distinctifs, mais parce qu'il en avait trop, et qu'ils changeaient.
Quand elle regardait par la fenêtre, elle avait l'air mélancolique.
Quand elle me regardait, elle avait l'air amusée.
Quand elle pensait à autre chose, elle avait l'air de quelqu'un qui garde un secret agréable.
Je tentai plusieurs fois de capturer cette expression-là — la dernière, celle du secret — et n'y parvins pas.
Après la séance, en rangeant mes pinceaux, je lui avouai mon échec.
Elle dit : c'est normal. Ce visage-là, je ne le montre pas souvent.
— Pourquoi me le montrez-vous alors ?
Elle prit son manteau, son chapeau, et se dirigea vers la porte avant de répondre :
— Parce que vous êtes peintre. Vous savez garder les secrets que vous voyez.
Quand elle regardait par la fenêtre, elle avait l'air mélancolique.
Quand elle me regardait, elle avait l'air amusée.
Quand elle pensait à autre chose, elle avait l'air de quelqu'un qui garde un secret agréable.
Je tentai plusieurs fois de capturer cette expression-là — la dernière, celle du secret — et n'y parvins pas.
Après la séance, en rangeant mes pinceaux, je lui avouai mon échec.
Elle dit : c'est normal. Ce visage-là, je ne le montre pas souvent.
— Pourquoi me le montrez-vous alors ?
Elle prit son manteau, son chapeau, et se dirigea vers la porte avant de répondre :
— Parce que vous êtes peintre. Vous savez garder les secrets que vous voyez.
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